Mardi 3 février 2009

Prologue


    Le vent s’engouffrait par la fenêtre ouverte, une petite chandelle illuminait faiblement la pièce sombre. C’était une petite pièce, simplement meublée, une table, une chaise et un vieux lit au bois rongé par les mites. Une jeune femme était affalée sur la chaise, le regard vide de toute expression, une larme parcourant lentement sa joue plus pâle que la lune. Elle tenait une lettre chiffonnée, sûrement sous le coup de l’émotion, dans sa petite main douce. Elle la serrait tellement fort que ses jointures étaient blanches.  Elle retint ses émotions pendant quelques instants avant de se laisser aller à pleurer à chaudes larmes. Les feuilles glissèrent de ses mains pour tomber sur le sol, son cœur était inondé d’une peine sans nulle autre pareille. La jeune femme aux cheveux de feu pleura ainsi pendant une dizaine de minutes avant de réussir à reprendre l’empire sur elle-même. Elle ramassa les feuilles de papier humides de ses larmes, les plissa soigneusement et les reposa sur la table. Avec un effort immense elle se releva et glissa un regard en coin à la lune qu’elle apercevait de sa fenêtre. On eut dit que la lune pulsait à ce moment pour lui répondre. La jeune personne retint un nouveau flot de larmes et s’essuya avec difficulté le visage. L’instant d’après on ne lisait plus la tristesse dans son regard, mais une haine infinie. Elle sortit de la pièce, refermant la porte sur la lettre qui y restait. Elle parcourut le couloir de l’immeuble, sur son passage les portes déversaient un flux continu de gens tous différents les uns des autres mais avec un point commun, leurs yeux d’un blanc lunaire. La masse se regroupa dans le hall au rez-de-chaussée, la jeune femme harangua la foule et des cris retentirent dans toute cette partie de la ville. Tous sortirent au même moment, se séparant dans les ruelles, partant avec détermination à l’assaut d’un ennemi commun. La jeune femme, une fois sortie, jeta un dernier regard à l’immeuble, ses yeux semblèrent animés d’une flamme bleutée et une explosion retentit. L’immeuble prit feu, de grandes flammes léchant avidement les murs du grand bâtiment, se repaissant de cette matière prête à brûler. Il n’y eut pas d’autre regard en arrière, la haine grandit encore dans ces yeux étincelants, une démarche assurée, un pas déterminé. Dans l’immeuble en flammes la lettre était maintenant parfaitement éclairée, sur la raison de cette guerre, sur la l’objectif de la jeune femme, sur toute cette histoire…


    Chère, très chère petite sœur…
Cela fait maintenant bien longtemps que je ne t’avais pas écris, c’est bien dommage, maintenant j’ai l’impression que j’aurai du faire tant de choses pendant que j’en avais encore le temps… Mais le temps, je ne l’ai pas pour passer sur ce qui aurait pu être, je dois l’utiliser pour t’expliquer ce qui a été et ce qui sera, tu en auras besoin, très bientôt…
Je dois d’abord te dire que j’ai toujours agis comme je le pensais juste sur le moment, que j’ai fait attention à rester neutre en tout instant et que je n’ai rien fait par cupidité. Depuis le moment où j’ai vu le jour jusqu’à peu j’ai toujours pensé que nous pourrions vivre librement et que nous pourrions rendre d’immenses services à tous et aider à garder la paix… visiblement je me trompais. Mon avènement n’a pas pu être gardé secret, c’est pourquoi on a veillé à ce que pour chacun d’entre vous ce soit le cas, le monde devait s’inquiéter suffisamment de la naissance d’un homme différent en son sein. J’ai été élevé par une armée de scientifiques à partir du moment où le médecin qui s’est occupé de moi s’est aperçu de la blancheur lunaire de mes yeux. Visiblement certaines personnes très influentes savaient déjà que quelqu’un comme moi verrait le jour. Parmi tous ces scientifiques il y en avait un, et un seul, qui était fondamentalement bon, le seul avec qui j’ai pu nouer des liens un tant soit peu fort. Cet homme s’appelle Yvan Grataël, tu le connais sûrement de réputation, c’est l’un des plus grands chercheurs en biotechnologie de ce siècle. C’est à lui que je dois ma culture et ma manière de penser, ainsi que ma capacité à prendre du recul de manière instinctive. Mes pouvoirs se sont donc développés sous la surveillance étroite d’une armée de scientifiques émerveillés. Ce qui est compréhensible, peu de gens sont capables de soulever une armoire rien qu’avec la pensée à l’âge de 2 ans. Yvan a tout de suite compris qu’il y en aurait d’autres comme moi et qu’une seule perte était suffisante. Aussi a-t-il prit des mesures pour vous retrouver tous et vous tracer en empêchant ces fous de vous retrouver. Cela n’a pas été facile, d’après ce qu’il m’a dit, cependant ça a l’air d’avoir marché jusque là. Tu fus la deuxième en réalité à voir le jour avec des pouvoirs et la première que j’ai pu voir en dehors des scientifiques, encore une fois grâce à Yvan. Je me rappelle des longs week-ends passés chez lui, c’est une période que je n’oublierai jamais.
Yvan a veillé sur toi et nous avons vécu séparés pendant une longue période, par prudence. J’ai été mis au devant de la scène, j’ai grandit entouré de politiques, mes pouvoirs les intéressaient tous et en user dans une partialité totale était très difficile. Si en apparence j’ai réussi à régler de grands conflits, en réalité je n’ai fait qu’envenimer les choses et renflouer les caisses des états qui avaient jurés d’en faire profiter les pauvres et non leurs parlementaires.
La paix, voila pourquoi j’ai voulu me battre pendant toutes ces années, mais visiblement je n’ai fait qu’apporter de l’argent, rien de plus.
Il y a peu j’ai retrouvé ma mère, elle a beaucoup changé. L’argent lui est monté à la tête… En fait c’est grâce à elle que j’ai commencé à rechercher les vraies conséquences de mes actes. C’était sûrement plus dur que de découvrir qui avait tué JFK. Mais j’ai trouvé ce que je cherchais. Ma vie, cette vie à laquelle je croyais avoir donné un sens en parlant de liberté, n’avait servi qu’à faire des bénéfices, des bénéfices considérables à une personne… Cette personne est devenue la plus grande richesse mondiale, avant de s’emparer de presque tous les marchés… Il a mis main basse sur le pouvoir, il dirige tout, cet homme que je prenais pour un ami, s’est servi de moi pendant toute ma vie. Méfie toi d’Yvan, ne l’approche surtout pas. Bien que ce soit lui qui se soit occupé de tous vous cacher il n’a que très peu d’informations sur vous, à peine un nom… Mais toi il te connait, il t’a déjà vu et je pense qu’il serait capable de te reconnaître.
Il est temps pour moi d’arrêter cette lettre, d’ici quelques minutes on viendra me chercher, Yvan n’a pas aimé qu’on fouille dans ses affaires. J’ai déjà vu la note qu’il adressera à la presse pour expliquer la cause de mon décès. Une conséquence de la divergence de mes gènes entrainera ma mort après des heures et des heures de souffrance…
Je prie pour que cette lettre t’arrive, je vais aller voir Yvan, il faut que je règle ça. Quand la lettre t’arrivera il y aura un de nous deux qui ne respira plus. Je t’envoie cette lettre pour tout t’expliquer. Je n’ai aucune assurance dans ce que je vais faire. Je t’ai tout dit, j’accomplirai ma mission ou je te la cèderai, je suis désolé de te laisser ce fardeau sur tes épaules.
Je n’ai plus de temps, j’espère te revoir bientôt, dans le cas contraire tous mes vœux sont pour toi.
Je t’aime petite sœur…

Quelques heures plus tôt étaient passé aux informations mondiales que Xilian Evanor était mort à cause de sa divergence de gènes, après des heures d’insoutenable souffrance, dans un des hôpitaux de la capitale américaine.
Par Vect
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Mardi 3 février 2009


Chapitre I – La guerre est déclarée

 

 

                Un immeuble brûlait au loin dans la partie Est de la ville. Un homme observait la scène en haut de son immeuble, dans son bureau vitré. C’était un homme qui avait atteint la quarantaine depuis peu, pourtant il avait déjà les cheveux d’un blanc grisonnant, ces derniers lui couvraient la nuque, soigneusement coiffés en arrière découvrant son front. Ses yeux bleu azur étaient perçants et regardaient avec un vice effroyable l’immeuble. Son visage dur se fendait d’un sourire sadique, le rendant effrayant. L’homme bien bâtit fut coupé dans sa contemplation perverse par un petit homme vêtu sobrement et presque recouvert par sa blouse de scientifique. Cet homme était un chercheur reconnu en biologie, il était devenu « le second » d’Yvan depuis peu. Son apparence fragile cachait un mental en acier trempé et une cruauté sans limite. Pourtant c’était lui qui freinait les envies barbares de son nouveau maître, préoccupé par sa contemplation de l’incendie, Yvan Grataël.

Avec un petit toussotement poli il retint l’attention du quadragénaire. Ce dernier se renfrogna quelque peu avant de migrer jusqu’à son fauteuil pour prendre connaissance des raisons de la visite de son second.

 

« Qu’y a-t-il Ryber ? »

 

L’homme en question s’avança jusqu’au bureau, déposa un dossier dessus et s’éclaircit la gorge avant de commencer.

 

« C’est le dossier que vous m’avez demandé. Je ne sais pas pourquoi vous recherchez cette femme, mais il semblerait qu’elle ait le don de s’effacer. Il a été extrêmement difficile au service de renseignements de retrouver rien que son nom. »

 

Yvan acquiesça en silence, il n’avait pas doublé le salaire de ce service pour rien, il fallait qu’il trouve très vite les informations qui l’intéressait.

 

« Je ne les ai pas augmenté pour rien,  je trouve étrange que tu n’ais pas fait le rapprochement entre leur augmentation de salaire et la recherche que je t’ai demandé de faire pour moi… »

 

Un sourire entendu apparut sur le visage du petit homme.

 

« Je me suis dis qu’il n’y avait pas besoin de redire des vérités, ça sautait tellement aux yeux que le chef du service m’a regardé d’un drôle d’œil quand je lui ai demandé d’entamer les recherches. »

 

« Et bien au moins je ne suis pas entouré que d’incapables. »

 

« Nous nous efforçons tous de mériter notre salaire monsieur. »

 

Yvan parut contrarié par la réponse de son second. Il savait bien quand il mentait et visiblement c’était le cas en ce moment. Il jeta un coup d’œil rapide au dossier et reporta son attention sur le petit homme.

 

« Tu as réussi à trouver la dernière adresse qu’elle avait ? »

 

« Un immeuble dans la partie Est de la ville. » répondit-il succinctement.

 

« C’est bien ce que je pensais. Tu as un train de retard, il vient de brûler. » Dit-il indiquant du menton la vitre.

 

Le petit homme tourna la tête dans cette direction et son visage marqua progressivement l’étonnement puis la frustration, pour finir par le mécontentement.

 

« Il semblerait en effet… Veuillez m’excuser mais il semblerait que j’ai de nouveau du travail et qu’il faille que je m’y mette tout de suite. »

 

« C’est ce qu’il me semblait aussi. »

 

Le second inclina la tête rapidement et tourna les talons. Yvan jeta un dernier regard à l’immeuble en flamme à quelques lieues de là et saisit le dossier. Il passa toute la nuit à le lire, son sourire s’élargissant au fur et à mesure que le temps passait.

 

 

 

 

                San courait dans les ruelles sombre de la partie Est de la ville. Cela faisait à peine quelques minutes qu’ils s’étaient tous quittés, il fallait faire vite. Elle était suivie par deux compagnons qui surveillaient chaque intersection avant qu’ils ne les franchissent. Le trio avait déjà parcourut quelques kilomètres, ils avançaient silencieusement en direction de l’intérieur de la ville. San avait bien mémorisée la carte, la ville était séparée en 5 parties, une pour chaque point cardinal et une dernière au centre, séparée des autres par une route à 5 voies de chaque côté, une petit plus apporté par l’architecte qui s’était occupé de la construction de la ville. Cette route était étroitement surveillée la nuit par la petite armée personnelle du maire de la ville, un ami proche d’Yvan Grataël, chose qu’ils n’avait appris que très récemment. Il allait falloir faire diversion pour pouvoir passer sans se faire repérer, deux groupes étaient en chemin pour s’occuper de ça. Encore deux intersections puis San fonça à l’intérieur d’une maison, l’un de ses compagnons ferma la porte derrière eux. Ils montèrent à l’étage et entrèrent dans une pièce vide, ou presque. Une lourde valise était posée dans un coin. La jeune femme l’ouvrit et en sortit des oreillettes et des micros. Les trois jeunes gens s’en équipèrent et San prit la petite balise GPS avant de refermer la valise, le reste n’était pas pour eux.

 

« C’est bon, on fait une pause. »

 

San était épuisée, leur course avait été épuisante, mais pas plus que la peur constante de se faire repérer. Ils reprirent leur souffle en se laissant tomber au sol. Pendant cette petite interruption la jeune femme se rappela le visage de leur chef, jamais elle n’avait montré autant de haine envers leurs ennemis. Cela faisait maintenant plusieurs mois qu’ils étaient pourchassés par des hommes armés mais ils n’avaient pas réussi à trouver qui pouvait bien les leur envoyer. Maintenant ils avaient le nom de leur ennemi, celui qu’ils n’auraient jamais osé soupçonner, celui qui les avait aidés à disparaître. Même si c’était lui leur ennemi, elle était sûre que leur chef n’était pas autant en colère pour cette seule raison, il devait y avoir quelque chose d’autre… mais quoi ?...

Elle fut tirée de ses pensées par le crissement de son oreillette.

 

« San ? San est-ce que tu m’entends ?  San ? »

 

« Oui je t’écoute Kario. »

 

« Ah ça fait plaisir d’entendre ta belle voie fruité. »

 

« Passe moi les compliments, quand est-ce qu’on doit y aller ? »

 

« C’est pour bientôt, les autres sont presque prêts, ils ont récupéré leur matériel. Avec ça ils vont pouvoir vous faire une belle diversion. »

 

« Ok on y retourne alors. »

 

« Fais attention à toi. »

 

« Comme toujours. »

 

La jeune fille coupa la radio et se redressa en un seul mouvement souple.

 

« Les gars, en route ! »

 

Les deux jeunes hommes se relevèrent et l’un d’eux ouvrit une trappe au plafond pendant que l’autre approchait une échelle. Ils montèrent sur le toit et refermèrent la trappe derrière eux. L’instant d’après ils couraient sur les toits, sautant de l’un à l’autre, se riant de la distance à parcourir, leurs yeux brillant d’un éclat intense.

 

Une fois arrivés en vue de la grande route ils redescendirent le long d’une échelle de sécurité et se cachèrent derrière une échoppe. Les trois jeunes observèrent la grande autoroute qui les séparait du centre de la ville. Il y avait quelques voitures qui roulaient encore, des jeunes allant dans les dernières boites branchées, des travailleurs qui venaient de terminer leurs heures supplémentaires. Et derrière tout ça, en bordure des bâtiments, on pouvait distinguer les ombres des mercenaires. Ils surveillaient silencieusement le seul passage sûr entre les différentes parties de la ville.

San et son équipe n’eurent pas à attendre longtemps, à peine 5 minutes plus tard un bâtiment à environ 500 mètres sur leur droite explosa. Les mercenaires coururent dans la direction de l’explosion. La jeune femme attendit qu’ils soient hors de portée des mercenaires et fit signe aux deux autres de la suivre. Ils foncèrent en regardant dans tous les sens pour vérifier qu’ils n’étaient pas observés. Une fois la route traversée ils foncèrent droit devant eux, tournèrent trois fois dans des sens différents et s’arrêtèrent dans un endroit sombre. Ils reprirent leur souffle et San murmura quelques paroles dans son micro. Ils avaient réussi à traverser, mais ce n’était que le début, cette partie de la ville était constamment surveillée par les mercenaires et ils passaient partout, ne laissant aucune ruelle invérifiée. Ils reprirent en marchant, le plus silencieusement possible, pour l’instant tout ce passait bien.

Par Vect
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Mardi 3 février 2009

Une ombre immobile se tenait sur un toit, tout prêt de l’explosion qui venait de retentir. Les mercenaires accouraient de tous côtés pour voir ce qui venait de se passer… C’était tellement prévisible. Un homme d’une trentaine d’année s’approcha d’elle et s’agenouilla avant de se mettre à parler.

 

« Les mercenaires ont mordu à l’hameçon, ils arrivent de tous les côtés. On a reçut une communication de San, ils ont réussi à passer, l’opération se déroule comme prévu. »

 

« Ces hommes sont trop prévisibles. C’en est presque déroutant. Faites bien attention, il se pourrait qu’ils nous gardent une petite surprise. »

 

« Bien sûr. »

 

L’homme parut hésiter un instant, puis finalement il reprit la parole, d’une voix un peu moins assurée.

 

« Est-ce que c’est le fait que ce soit Yvan qui ait envoyé ces hommes contre nous qui vous donne tant de hargne ? »

 

La jeune femme tourna légèrement la tête vers lui.

 

« Kario… Si nos frères et nos sœurs ne croient pas en notre chef, ils n’arriveront pas à atteindre leur but. »

 

L’homme ne dit rien, il avait compris.

 

« Bien Sigma. Je vais continuer les préparatifs pour votre arrivée. »

 

Pour seule réponse elle acquiesça de la tête et reporta son regard vers les mercenaires qui couraient un peu partout pendant que ses compagnons se réfugiaient dans les maisons et rejoignaient les souterrains.

 

 

 

 

 

                Yvan Grataël observait depuis le point de vue que lui offrait son bureau vitré, l’explosion qui était survenue. Son second entra précipitamment dans la pièce, son visage d’une pâleur mortelle.

 

« Monsieur, quelqu’un a fait sauter un de nos entrepôts à coup de lance-roquettes ! Et les mercenaires sur place n’ont pas pu identifier l’auteur de l’attaque. »

 

« Je vois ça… »

 

« J’ai envoyé les mercenaires en ville et j’ai renforcé les défenses de la tour. »

 

Yvan poussa un long soupir, alla jusqu’à son bureau et appuya sur un bouton pour confier un message radio.

 

« Capitaine, passez au plan 77C5. »

 

« Bien reçu Monsieur. »

 

« Quel est ce plan ? »

 

Le second était à la limite de la crise de nerf, il tremblait de tous ses membres.

 

« Quelque chose que vous ne comprendriez pas. Je ne sais pas pourquoi je m’encombre de vous, vous vous effrayez pour rien, les attentats terroristes sont le lot de toute grande société qui profite un tant soit peu du système. »

 

« Hein ?... J’ai bien peur de ne pas vous suivre… »

 

« Justement vous ne comprenez rien à rien. Je crois que je peux dire que vous êtes renvoyé. »

 

« Mais mais, vous ne pouvez pas… »

 

Il était devenu encore plus pâle, si cela était possible. Peu à peu germa dans sa tête une autre idée, il prit un peu d’assurance et un rictus s’accrocha à son visage difforme.

 

« Je sais beaucoup de choses sur vous, je pourrais très bien aller en parler. »

 

Il tentait vainement de le menacer. Mais Yvan n’en avait que faire, il lui planta un regard totalement neutre.

 

« Justement, vous ne pourrez pas… »

 

Il sortit une arme d’un tiroir de son bureau, la braqua sur son second vert de peur et tira froidement, la balle perforant son crâne, répandant son sang sur la porte fermée derrière lui. Le corps tomba mollement au sol pendant qu’un homme aux épaules carrées et à l’allure militaire entra, sans faire attention au cadavre encore chaud gisant à côté de lui.

 

« Les hommes sont prêt pour le plan, Monsieur. »

 

« Très bien, commencez l’opération. »

 

Deux hommes à la combinaison vaguement militaire entrèrent, prirent le corps et le tirèrent hors de la pièce. Le capitaine suivit le mouvement et laissa le chef seul dans son bureau, un air blasé sur le visage.

 

 

 

 

                San rencontra son premier problème une centaine de mètre après la route. Une patrouille de 5 hommes passa à quelques mètres d’eux, les ratant de peu. Ces mercenaires étaient bien silencieux, les militaires se déplaçaient toujours au pas, on pouvait les entendre de loin, eux avançaient à pas de loup, l’arme au poing. Les trois jeunes gens avancèrent avec prudence dans les ruelles de la ville intérieure. Les patrouilles étaient de plus en plus nombreuses et leur avancée était donc de plus en plus lente. Plus ils avançaient et plus la jeune femme s’inquiétait, il fallait qu’ils arrivent à se trouver une entrée avant 2h du matin sinon leur plan serait à l’eau, leur chef n’aurait pas le temps de rejoindre la tour avant le lever du jour et ils auraient les mercenaires sur les bras. Pendant qu’elle repensait à ça un de ses compagnons plongea, la ceintura et la plaqua au sol, une balle siffla au-dessus de sa tête. Ils roulèrent sur le côté pour se mettre à l’abri pendant que le mercenaire continuait de leur tirer dessus. Ils restèrent à l’abri d’un mur et commençaient à réfléchir à leur riposte. Se faire prendre par un mercenaire n’était pas prévu au programme, de plus avec le nombre de patrouille qui ne cessait d’augmenter ils allaient vite avoir tous les hommes d’Yvan sur le dos. San jeta un coup d’œil à ses compagnons, celui qui l’avait sauvé de la balle mortelle avait une légère entaille sur le bras et l’autre avait jeté un fumigène dans la ruelle pour les abriter des tirs.

 

« Ici San ! On s’est fait repérer ! Que doit-on faire ? »

 

« San ?! Vous êtes où ? »

 

« Environ à la moitié du parcours. Un mercenaire à la traine nous a trouvé et nous tire dessus, on va bientôt avoir toute une armée sur nous. »

 

« … Ok, vous pouvez les utiliser, mais essayer de ne pas vous faire trop voir. »

 

« Tu me connais… »

 

« Justement, je vais prévenir Sigma, on va accélérer le mouvement, dépêchez-vous ! »

 

Le visage de San se fendit d’un grand sourire, immédiatement rejoins par ses deux acolytes. Ses yeux se mirent à briller d’une lueur intense et elle sortit de son couvert. Le mercenaire braqua son arme sur elle mais il n’eut pas le temps d’appuyer sur la détente, une langue de flamme argentée partit de la main de la jeune femme et l’homme la reçut de plein fouet. Il fut repoussé contre un mur et brûla de l’intérieur, poussant un cri à peine humain pendant qu’il se consumait. San l’observa un moment le regard vide avant de faire signe à ses compagnons de continuer.

 

« Dépêchons-nous. Ils ne vont pas tarder à arriver et on doit ouvrir la porte à nos amis. »

 

Sur quoi ils repartirent en trombe en laissant le cadavre continuer de se consumer de l’intérieur.

Quelques minutes plus tard ils arrivèrent enfin en vue de leur cible, une petite tour de 3 étages située juste devant un pont levis. Bien entendu la tour était gardée, mais pas autant qu’ils ne l’auraient pensé. Il n’y avait que deux hommes devant la porte et un autre sûrement dans la tour, c’était peu. Tous les autres devaient être en train de sillonner la ville à leur recherche.

 

« Jaab, occupes-toi des gardes. » chuchota-t-elle à l’attention d’un de ses compagnons.

 

Ce dernier s’avança prudemment et ses pupilles se mirent à briller de la même manière que celle de la jeune femme un peu plus tôt. Les ombres autour de lui commencèrent à s’agiter. Elles se rassemblèrent en une seule et s’allongèrent lentement en tendant de plus en plus vers les deux gardes postés devant la porte. L’un des gardes baissa les yeux à ce moment et il mit quelques secondes à s’apercevoir que l’ombre lui arrivait droit dessus. Mais le temps qu’il s’en rende compte il était trop tard. Les ombres sortirent du sol et engloutirent les deux gardes sans bruit. Le trio avança alors avec toute la prudence dont il pouvait faire preuve jusqu’à la porte de la tour. Il ne leur fallut qu’une petite minute pour pirater la serrure et entrer à l’intérieur. Le pauvre garde resté seul pour veiller sur la tour n’eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Il finit assommé et placé dans une armoire en fer en attendant que tout se termine. San prit les choses en main, tout allait pouvoir commencer.

Par Vect
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Mardi 3 février 2009

« Sigma, nous avons reçu un message de San, elle est prête. »

 

La jeune femme interpelée, adossée à un mur de pierre en attendant son heure, sembla s’éveiller d’un long sommeil. Elle se redressa lentement, sans un bruit et se mit en chemin, levant le bras pour avertir ses compagnons. Une vingtaine d’entre descendirent des toits pour la rejoindre pendant que Kario lui emboitait le pas. Un pont levis s’abaissa devant eux. Yvan avait toujours aimé l’époque médiévale et il avait doté sa ville d’un pont levis de fer, gérer depuis la tour, qui permettait de franchir l’autoroute séparant le centre de la ville des autres parties, c’était beaucoup plus pratique pour le transport de marchandises.

La bande de jeunes aux yeux blanc de lune s’avancèrent et montèrent sur le pont levis, entrant dans la partie la mieux gardée de la ville. Une fois arrivés à la tour, le trio se joignit à eux et ils se dispersèrent à nouveaux dans les rues et les ruelles avec pour objectif commun le centre de la cité, la tour du maire.

Sigma avançait à pas de loup, Kario, San, Jaab et Lyran –le dernier membre du trio- sur ses talons. Les mercenaires couraient d’un point à un autre, obéissant à des ordres opposés à chaque fois qu’ils arrivaient à leur destination. Bien qu’ils soient férocement entraînés ils étaient souvent dirigés par des personnes trop corrompues pour faire le travail eux-mêmes et qui avaient perdu leur grand sens tactique. Il était donc plus facile à la troupe d’envahisseurs de se glisser dans la ville. Leur principale préoccupation était uniquement d’éviter les patrouilles. Plus la nuit s’avançait et plus Sigma se rapprochait de sa proie, si tout ce passait bien, avant le lever du jour, Yvan Grataël ne serait plus de ce monde et aurait ainsi payé pour tous ses pêchers.

 

 

 

 

                L’ami du maire était toujours posté devant sa vitre à observer la ville. Il arrivait à voir de petits points en bas de la tour qui étaient en fait les mercenaires qui courraient à leur poste. De son pas militaire le Capitaine revint dans le grand bureau, accompagné du maire. Ce dernier était assez pâle, visiblement dérangé par ce qui se passait dans sa ville.

 

« Hum, Monsieur Grataël. Je commence à me demander ce qui se passe. Des hommes ont attaqué un entrepôt avec une arme à fort pouvoir destructeur et maintenant d’autres pénètrent dans la partie la mieux protégée de la ville. Votre armée personnelle ne saurait-elle gérer une simple attaque de jeunes gens sans chefs ? »

 

Le quadragénaire joua un moment avec un pendentif qu’il tenait dans la main avant de répondre à son interlocuteur sans détourner les yeux de son point de vue.

 

« Monsieur le maire, mon cher ami, douterais-tu de les capacités ? »

 

« Que non point. Mais c’est la deuxième fois qu’on s’attaque à la tour en à peine un mois. Je commence à me poser des questions. »

 

« Ne t’en fait pas. Tout ce passe comme prévu. Les « assaillants » comme tu les appelles sont de la même race que notre cher Xilian. »

 

« Co… Comment ?! »

 

« Eh oui, il n’était pas seul, c’était stupide de le croire. Il fut le premier en effet, mais il y en a eu beaucoup d’autres après lui. Le mieux dans tout ça c’est que c’est moi qui les ai cachés et qui leur ai permis de vivre tranquillement pendant tout ce temps. »

 

« Tu veux dire que tu savais que ça allait arriver ? Que ceux-là allaient venir te chercher ? »

 

« Bien évidemment, ils sont trop prévisibles. Mais tu aurais tort de croire qu’ils sont sans chef. C’est vrai que Xilian les commandait pendant un moment, mais ils se sont toujours regroupés autour de la même personne et, bien qu’ils croient en Xilian comme s’il était un Dieu, c’est à elle qu’ils obéissent. Sigma Eyacola. Une jeune femme très intéressante, un tempérament fort et un caractère à toute épreuve. Quel dommage qu’elle doive vivre avec un tel fardeau. Cacher à ses compagnons que leur chef n’est plus ne doit pas être facile. »

 

Le visage de l’homme se fendit d’un sourire carnassier et ses yeux s’illuminèrent l’espace d’un instant.

 

« Mais ne t’en fais pas mon ami, tout se passe comme prévu. Je les laisse délibérément venir jusqu’ici pour en finir une bonne fois pour toute. Une fois arrivés dans cette tour le Capitaine s’occupera d’eux sans problème. »

 

« Comment ça ? »

 

Le Capitaine jeta un coup d’œil à Yvan Grataël qui acquiesça doucement, avant de se tourner vers le maire.

 

« Nous allons les regrouper dans les couloirs et les escaliers du 10ème étage et nous ferons le grand nettoyage. Même la police ne viendrait pas jusque dans cette tour sans un arrêté signé au moins de l’ONU. Nous pourrons ainsi nous occuper d’eux sans histoire et nettoyer tout avant qu’il n’y ait de réel problème. »

 

« Hum hum… Je ne vois pas comment vous empêcher de faire quoi que ce soit de toute façon. Du moment que vous gardez la situation sous contrôle ça me va. Mais n’oubliez pas qu’il y a ici des choses très rares et qu’aucun de nous deux ne voudrait les voir disparaître. »

 

« Bien entendu… »

 

Le maire sorti en trombe du bureau et referma la porte un peu brutalement. Le Capitaine jeta un coup d’œil dans ce sens puis regarda gravement son employeur.

 

« A-t-on vraiment besoin de lui ? »

 

« Pour le moment… »

 

« Que faisons-nous alors ? Va-t-on réellement faire ce que je viens d’expliquer ? »

 

« Bien sûr que non, ou tout du moins… »

 

Le grand homme passa une main sur son front pendant qu’il réfléchissait. Il ne lui fallut qu’une petite minute pour répondre à son homme de main.

 

« Continuez à dire à vos hommes d’agir distraitement. Les jeunes chiens fous qui nous attaquent croient sûrement que vos hommes sont des incompétents à l’heure qu’il est, que ça continue. Postez quelques hommes au dixième étage pour que le maire ne se doute de rien. Dès que les lunaires commenceront à entrer dans la tour, faites revenir tous vos hommes et faites rentrer les jeunes, bloquez-les à l’intérieur du hall, évitez cependant d’en tuer trop. Ce serait un risque inconsidéré et de toute façon une perte de temps. Mais pour le moment occupez-vous de déplacer ‘nos amis’ de la tour et préparez-nous un hélicoptère, nous partirons sûrement un peu rapidement de cet endroit. »

 

« Bien monsieur. »

Par Vect
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Mardi 3 février 2009

Sigma avançait avec sa petite troupe, les mercenaires couraient en tous sans avoir l’air de recevoir des ordres clairs, ni de les appliquer. Le groupe n’eut pas beaucoup de problèmes pour traverser la ville et arriver au pied de la tour ciblée, ce qui n’avait rien de réconfortant. La meneuse fit signe de s’arrêter et ils se cachèrent dans un coin très près de la tour.

 

« Nous sommes enfin arrivés, mais bien trop facilement à mon goût. Faites bien attention à vous quand nous serons à l’intérieur, rien ne dit que nous ne sommes pas attendus. »

 

« Attendus ? Et comment pourraient-ils savoir que nous venons jusqu’ici ? »

 

« Yvan est quelqu’un d’intelligent, il ne restera pas sans protection alors qu’une attaque a été menée en bordure du centre-ville. »

 

« Ok c’est compris. Bon on avance ou pas ? On ne va pas y passer la nuit. »

 

Sigma fit mine de n’avoir rien entendu et mena ses hommes jusqu’au hall de la grande tour. Kario s’occupa d’ouvrir les portes sans bruit avec une facilité déconcertante. Cet homme était le seul parmi eux qui n’était pas un lunaire, il n’avait aucun pouvoir mais il les suivait partout où ils allaient, comme s’il était des leurs… en fait cela faisait un moment qu’il avait été accepté par tout le monde. C’était quelqu’un de bourru mais dans le fond c’était quelqu’un de vraiment gentil… avec ceux qu’il voulait. Le petit groupe s’infiltra dans le hall sans bruit. Tout était silencieux et la pièce était baignée dans le noir le plus total. Il n’y avait plus un seul employé, ils étaient maintenant plus près de l’heure d’ouverture que de fermeture. Ils grimpèrent un escalier gigantesque et arrivèrent au deuxième étage, à partir de là il fallait faire un choix.

 

« Bon utiliser les ascenseurs serait trop dangereux, on va utiliser les escaliers. »

 

« Et c’est reparti pour un footing. »

 

Ils montèrent les marches rapidement, montant les niveaux sans problèmes. Tout ce passait bien jusqu’à ce qu’ils arrivent au niveau 10. Ils entendirent alors des bruits de voix. La meneuse fit signe à tout le monde de se taire et ils se déployèrent autour de la porte qui menait au niveau d’où émanait les voix.

 

« Tu crois vraiment qu’ils vont réussir à venir jusqu’ici ? Personne n’a jamais fait plus de 10 mètres dans cette partie de la ville sans se retrouver un peu plus de poids en plomb de plus que prévu. »

 

« Que veux-tu les ordres sont les ordres. Et n’oublie pas que ceux que nous attendons sont spéciaux, ils ont des pouvoirs vraiment impressionnants. »

 

« Pfff n’importe quoi, c’est une vraie perte de temps. »

 

Sur quoi l’homme ouvrit la porte. Il n’eut pas le temps de crier, il eut à peine le temps de remarquer les ombres devant lui. Kario était à ses pieds et lui enfonçait une dague au travers de la gorge. Le deuxième homme prit son arme et tenta de la lever pour tirer mais San lui avait déjà projeté une langue de flammes en pleine poitrine. Il fut projeté quelques mètres en arrière et tomba lourdement au sol inconscient.

 

« Une dague ? Une foutue dague ? »

 

« Qu’est-ce que tu as contre les armes blanches ? » répondit Kario en essuyant sa lame sur les habits du garde mort. 

 

« Rien en particulier mais là c’est du retour à la préhistoire. On fait des couteaux beaucoup plus pratiques maintenant. »

 

« Mais beaucoup moins résistants. Je l’ai forgé moi-même et elle vaut bien une dizaine de tes couteaux. »

 

« Ca ne change rien, on est dans une ère de haute technologie et tu utilises des armes vieilles de centaines d’années. »

 

« Peut-être mais avec ça je fais moins de bruit que toi. S’il y avait eu du monde aux alentours on en aurait eu encore plus sur les bras. »

 

« Est-ce que c’est ma faute à moi s’ils se trimballent toujours avec tout un fatras qui fait du bruit quand il tombe ? »

 

« Et sinon tu pourrais arrêter de brailler ? On va t’entendre jusqu’en au avec tes jérémiades. »

 

Sigma se tenait à côté du mercenaire inconscient, la main sur son cou, cherchant son pouls. Il était encore en vie.

 

« Ne t’inquiète pas, avec ce que je lui ai mis il ne se relèvera pas de si tôt. »

 

« Pour avoir déjà subi ça je peux te le confirmer. Il m’a fallu trois heures pour me réveiller et le double pour m’en remettre. »

 

Lyran ne parlait pas souvent mais il aimait bien faire étalage de tous les sévices qu’il recevait et des indications que cela pouvait apporter à la situation. San était avait l’air très fière d’elle mais les autres s’en fichaient royalement, ce qui fit perdre toute joie à son visage.

 

« Ces gardes là nous attendaient, il nous faire attention, il y en aura peut-être d’autres. »

 

Tout le monde acquiesça gravement avant de suivre leur meneuse. Ils grimpèrent les escaliers encore et encore, se déplaçant cette fois avec plus de prudence. Arrivé au 50ème niveau ils s’arrêtèrent pour souffler.

 

« On fait une pause avant de reprendre. »

 

La voix de Sigma ne trahissait pas la peur et la colère qu’elle s’efforçait de contrôler pour éviter à ses amis de s’inquiéter de son état. San, elle, avait toujours eu beaucoup moins de scrupules.

 

« Raaaah si je tenais celui qui s’est mis à faire des tours avec autant d’étages je lui montrerai ce que c’est que de sauter d’en haut. »

 

« Comme si on avait pas déjà assez d’ennuis. »

 

« Tu oublies que San a toujours eu plus d’ennuis que nous. Dans l’état actuel des choses nous sommes en train de la rattraper, il ne faudrait pas que nous ne la dépassions aussi facilement, son égo serait gravement touché. »

 

« Toi tu veux que je te mette dans le même état que le garde de tout à l’heure. »

 

« Bof j’ai l’habitude maintenant tu sais… »

 

San lui jeta un regard noir et ils continuèrent de s’invectiver gentiment en silence. Sigma restait adossée contre le mur, le cerveau en éruption. Ils n’étaient plus qu’à quelques étages de leur cible. Kario remarqua l’état dans lequel elle était et passa une main sur son épaule tout en lui souriant.

 

« Ne t’en fais pas, on va l’avoir maintenant. »

 

La jeune femme sortit de ses pensées et lui rendit son sourire au bout d’un moment. San reprit ses petites chamailleries de plus belle.

 

« Avec tout le bruit que tu fais tu dois être assez reposée maintenant. Aller en avant. »

 

San maugréa un moment et se releva pour continuer. Le petit groupe reprit son ascension. Ils s’arrêtèrent au 52ème niveau, l’escalier ne montait pas plus, il fallait en utiliser d’autres pour grimper dans les derniers étages de la tour. Ils ouvrirent la porte sans faire de bruit. Elle donnait sur une vaste pièce, sur la gauche il y avait deux ascenseurs, sur la droite des bureaux réservés aux cadres les plus importants et en face une autre porte. Ils avancèrent à pas de loup en longeant les portes sur le côté pour atteindre celle juste en face. Une fois arrivés, Jaab colla son oreille contre la porte.

 

« Dépêchez-vous ils sont déjà dans la tour ! Tout le monde en bas et au trot ! »

 

Jaab se recula précipitamment et leur fit signe de le suivre. Il fonça jusqu’à la première porte à côté d’eux, l’ouvrit en grand et attendit que tous soient rentrés pour la refermer. Il la verrouilla et approcha son œil du trou de la serrure. Les gardes entrèrent à cet instant dans la pièce d’où ils avaient filés. Ils prirent les ascenseurs et descendirent. Quand le jeune homme fut sûr qu’il n’y avait plus aucun bruit au dehors il rouvrit la porte.

 

« C’est bon il n’y a plus personne. »

 

Le groupe se retrouva dans la grande pièce aux ascenseurs, s’assurèrent qu’aucune de ces machines de remontait et franchirent la porte qu’ils convoitaient. Ils se retrouvèrent dans une pièce similaire, si ce n’est que celle-ci était plus richement décorée. Il y avait de la moquette aux motifs artistiques et un grand tapis rouge la parcourait jusqu’à un escalier qui ressemblait fort à celui du hall. Ils gravirent les marches à pas de loup. Tous regardaient dans tous les sens, guettant le moindre signe de présence en ces lieux, mais il n’y avait personne. C’était facile, trop facile, pensait Sigma. Après quelques minutes à tourner dans les locaux ils arrivèrent près d’une grande porte à côté d’un autre escalier plus grand encore que les autres. La porte avait les contours d’une arche et des ornements dorés. Aucun nom n’était indiqué dessus, mais Sigma savait à qui était le bureau. Elle s’approcha fébrilement de la porte mais cette fois elle ne prit pas la peine de faire preuve de la prudence qu’ils avaient tous respecté depuis leur entrée dans la tour. Elle fit un geste, un seul petit geste nonchalant de la main et la porte vola en éclats. Aucun membre de son équipe ne cilla, ils savaient tous qu’elle avait une bonne raison de lui en vouloir plus qu’eux, mais ils n’imaginaient pas laquelle. Yvan Grataël, un quarantenaire bien conservé, grand et la carrure imposante était tourné vers la baie vitrée, occupé à observer l’extérieur. Il ne fit même pas mine de se retourner en entendant la porte exploser.

 

« Je ne t’attendais pas si tôt ma petite. »

 

Avec une lenteur calculée il tourna vers les jeunes gens son visage calme. Il feignit d’être surpris et reprit sur le ton de la conversation.

 

« Je ne savais pas que tu avais tant d’amis. Cela fait si longtemps que je ne t’ai vu… »

 

« Bien trop en effet. J’aurai du revenir plus tôt et te régler ton compte avant que le mal ne soit fait. »

 

« Que le mal ne soit fait ? Allons, est-ce une façon de parler à son parrain ? Je ne crois pas. »

 

« Cela fait bien longtemps que je ne te considère plus comme un membre de ma famille, ma mère a eu tort de te choisir comme parrain, je m’en serai bien passé. »

 

« Allons allons. Comment aurais-tu connu ce cher Xilian sans moi ? Et puis il me semblait que tu l’appelais autrement en fait… Ah oui c’est ça, grand frère, n’est-ce pas attendrissant. »

 

Quand elle entendit ces mots Sigma entra dans une colère sans borne. Elle laissa échapper toute la peine et la fureur qu’elle avait accumulée pour laisser libre cours à sa folie. Elle dégageait une aura monstrueuse et on eut l’impression qu’elle faisait plus de deux mètres.

 

« Ah, je vois que tu as appris à t’en servir… ce pouvoir… »

 

 

« Je vais te faire une démonstration de ce pouvoir. Tu vas payer pour tes crimes. »

 

Elle rassembla sa force dans son bras. Une vague d’énergie la recouvra et se répartit sur son corps avant de se rassembler dans sa main. Au moment où elle allait laissé déferler sur l’homme une puissance terrifiante une ombre apparut entre elle et sa cible. Une personne en ressortit. Toute vêtue de noir et encapuchonnée cette personne leva son bras en arrivant et leva son bras en direction du groupe de lunaires. Une vague d’énergie déferla dans la pièce et les frappa de plein fouet. Les jeunes pourtant habitués à sentir le pouvoir avaient tous été pris au dépourvu mais malgré ça ils arrivèrent à se concentrer assez pour se protéger. Ils reculèrent de quelques mètres et serrèrent les dents en sentant la puissance du nouvel arrivant les repousser. Kario lui n’avait aucun pouvoir et il fut projeté comme une poupée de chiffon contre le mur. Sigma dispersa vite l’énergie de l’inconnu et lui envoya ce qu’elle avait destiné à Yvan. L’étrange personne dévia l’énergie qui lui fonçait dessus d’un revers nonchalant de la main. L’échange s’arrêta là un instant. Le quadragénaire au fond n’avait pas bronché d’un cil et regardait la scène sans dévoiler son émotion. San, Jaab et Lyran purent se reprendre et foncèrent s’occuper de Kario. Sigma se retourna un instant pour observer son compagnon.

 

« Il est juste inconscient. Je m’en occupe. »

 

La jeune femme se retourna vers son adversaire aux étranges pouvoirs.

 

« Alors Sigma, troublée? Comment crois-tu que tu n'as pas vu Xilian depuis tout ce temps? Tu ne croyais tout de même pas que je pouvais le tuer de mes mains? »

 

La jeune femme observa un moment la personne qui lui faisait face. Elle était habillée d’une grande robe noire à manches longues et un capuchon était rabattu sur son visage. Elle ne put pas discerner quelques choses dans ses gestes pour savoir si c’était un homme ou une femme, mais elle savait déjà que c’était quelqu’un de très puissant.

 

« Bon ce n’est pas que je m’ennuie mais je ne vais pas rester ici toute ma vie. J’ai un hélicoptère à prendre, j’espère que tu ne m’en voudras pas d’écourter nos retrouvailles. »

 

Sigma réagit instantanément. Elle se concentra et envoya une boule de feu en direction d’Yvan. Mais la personne au capuchon s’interposa et referma sa main sur la boule de feu, la réduisant à néant.

 

« Je ne te laisserai pas partir. »

 

Cette fois elle se déchainait pour de bon. Une vague d’énergie impressionnante se dégagea de tout son corps et fusa en tous sens. Toutes les personnes dan pièces reculèrent et se recourbèrent sous la force du choc, même l’inconnue. Elle déchaîna la foudre entre ses mains et l’envoya sur son ancien parrain, mais une fois encore l’étrange personne contra son attaque. Pourtant il ne se dégageait aucune aura d’elle. Yvan ne se fit pas prier et commença à grimper en vitesse les escaliers qui se trouvaient derrière son bureau pour monter sur le toit. Son allié disparut dans une nouvelle ombre, sûrement pour le suivre. Sigma ne pouvait laisser passer ça. Elle se tourna vers ses compagnons avant de foncer à la poursuite de son ennemi.

 

« Occupez-vous de Kario, je m’occupe d’Yvan. »

 

Elle courut et monta les quelques étages qui restaient à en perdre allène. Elle devenait hystérique, la rage couvrant toute trace de raison. Une fois sur le toit elle arriva juste à temps pour voir Grataël monter dans l’hélico. Elle se concentra pour lui envoyer une autre attaque mais l’ombre apparut juste devant elle et la repoussa avec une onde de choc. Les deux adversaires se toisèrent du regard, s’envoyant ondes sur ondes, cherchant plus à écarter sa cible qu’à la tuer. L’hélicoptère quitta la piste d’envol et Yvan cria à son allié pour couvrir le bruit de l’engin dans lequel il était monté.

 

« Vas-y Alean ! Maintenant ! »

 

A ce moment une fabuleuse aura se dégagea de la personne encapuchonnée. Le sol trembla sous les pieds de Sigma et ce fut comme si on avait frappé le plafond juste en-dessous avec une force phénoménale, envoyant la jeune femme dans les airs. Elle se stabilisa avec son pouvoir, une barrière de vent l’entourant et repoussant l’air pour la maintenant en vol. Son adversaire lui fonçait déjà dessus, volant comme s’il avait fait ça toute sa vie. De la foudre multicolore apparut des mains de la jeune femme pendant que des flammes sombres naissaient dans celle de la personne appelée Alean. Le combat se fit au corps à corps, chacun portant de puissants coups en tentant de toucher son adversaire et de lui porter le coup mortel. Personne n’arrivait à toucher l’autre lorsque Sigma déversa un flot ininterrompu de foudre de tous les côtés son adversaire fut paralysé l’espace d’un instant et la jeune femme le saisit par le col. Mais elle était trop proche maintenant, la personne encapuchonnée se remit instantanément et la frappa en plein ventre, la faisant lâcher prise et la renvoyant au sol avec la force d’un titan. Elle emporta par contre un pendentif qu’elle lui avait arraché. En voyant la perte de bijoux la personne du nom d’Alean concentra tout son pouvoir dans ses mains.

 

Sigma toucha le sol et roula plusieurs fois avant de tousser et de cracher du sang. Son adversaire lui avait coupé le souffle. Elle se redressa péniblement et elle s’arrêta net, à moitié droite. Une formidable énergie s’assemblait au-dessus d’elle, c’était quelque chose qu’elle n’avait ressenti auparavant. Elle releva la tête pour contempler l’énorme sphère incandescente que son adversaire tenait au-dessus de sa tête. Alean lança sa boule droit sur la tour, la masse enflammée parcourut les quelques dizaines de mètres qui la séparait de sa cible en quelques secondes. Sigma n’eut pas le temps de réfléchir.

 

La sphère ne s’arrêta pas à la piste d’envol, elle traversa littéralement la tour et explosa en arrivant au niveau du sol. La déflagration fut terrible, la moitié du centre-ville fut réduit à néant dans l’explosion et l’onde de choc s’occupa de faire s’effondrer le reste.

Par Vect
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